Historique

La cobla nomme un ensemble instrumental de Catalogne et des Pyrénées-Orientales. En son sein, la présence première et systématique d’instruments de musique originaires de cette zone géographique participe de l’originalité de son histoire et, en cela, à l’histoire plus vaste des ensembles liés aux musiques de tradition orale que l’Europe a connu et connaît parfois encore.

Depuis le milieu du Moyen Age et jusqu’au milieu du 19ème siècle (vers 1840), les répertoires de la cobla sont consacrés, d’une part, aux danses et musiques liées à la religion (culte, fêtes votives et patronales) mais aussi aux manifestations officielles et, d’autre part, aux fêtes populaires (bals, fêtes familiales). Les cobles ont, au cours de cette longue période, évolué et se sont adaptées aux nécessités et attentes sociales et sociétales.

Origine

Si, au Moyen Age, le mot cobla de « joglars i ministrils » (jongleurs et ménestrels) ne définit pas en soi la constitution du groupe d’instrumentistes (à partir de deux musiciens), à la fin du 18ème siècle, on trouve fréquemment une cobla de « tres quartans » composée d’un flabiol tamborí, d’une xeremia (souvent une tarota) et d’un sac de gemecs (cornemuse catalane).

Les 17 et 18ème siècles connaissent deux autres formes de cobles « primitives » :

  • la « mitja cobla » avec un flabiol et un sac de gemecs ;
  • la « cobla entera » avec un flabiol, un tamborí, un sac de gemecs et plusieurs xeremies.

Évolution de la cobla de 1840 à 1945

La facture instrumentale, les répertoires qui lui sont « consacrés » et attendus, la formation de ses musiciens (transmission orale et souvent familiale), parfois, semble-t-il leur rareté sur le territoire, vont avoir à affronter un véritable séisme culturel peu avant le milieu du 19ème siècle.

Divers facteurs concourent à ce chamboulement, la société louis-philipparde, ses nouvelles danses (valses, polkas, quadrilles), la présence de régiments et leurs musiques (ensembles instrumentaux) « notées », leurs instrumentistes solidement formés, leurs instruments (les cuivres) organologiquement infiniment plus « aboutis », le développement de sociétés savantes, le conservatoire, la création du théâtre de Perpignan. Au détour d’une nouvelle ère, celle de l’industrie, c’est une société aux aspirations autres, qui tend « à la modernité », qui accède ou consacre au phénomène de mode qui paraît alors.

La cobla est contrainte d’évoluer, concurrencée par de nouvelles formes musicales que ses instruments ne peuvent donner, par de nouvelles compétences (société lyrique de Perpignan, ensembles instrumentaux militaires) ; contrainte d’évoluer pour suivre les nouveaux goûts du public.

Entre 1840 et 1860, la cobla roussillonnaise devient un ensemble musicalement plus structuré avec des instruments plus fiables (la tenora de Touron et l’intégration des cuivres au sein de l’ensemble instrumental¹ et l’apparition de la musique notée. La cobla étend son répertoire (bals et concerts) désormais à des répertoires exogènes (« danses françaises »).

Cobla Cortie-Mattes [c011]

Vers 1860, la cobla connaît une nouvelle évolution, se transformant le soir en orchestre de bal composé d’instruments de salle, par opposition aux instruments de place. Cobla à six avec un trombone, un violon, un second violon, un alto, un flageolet, un cornet à piston. La cobla de place, quant à elle, aura également 6 instrumentistes : un trombone à coulisse (qui sera remplacé par le saxhorn basse avant 1914), deux tenores, deux primes, un flabiol – tamborí (remplacé par un cornet à piston avant 1900). Le choix des instruments de salle en lieu et place des instruments de place peut s’expliquer par l’évitement des travaux de transcription.

Cobla Els Unics [c007]

En Catalogne sud, c’est dès le 19ème siècle que Pep Ventura (1817–1875), le créateur de la sardane longue, intégra dans la cobla la tenora et donna ainsi naissance, dans la seconde partie de ce siècle, à la cobla moderne.

Entre les deux guerres, la cobla roussillonnaise connaît la concurrence des cobles de Catalogne sud et l’avènement du jazz band. Les immigrés espagnols installés à Perpignan font appel aux cobles du sud pour leurs aplecs. La cobla s’adaptera à nouveau en étoffant son répertoire : fox trot, one-step, paso doble, charleston… et en modifiant parfois sa structure (contrebasse, trompette).

C’est après 1900 que la presse relate l’exécution de sardanes (longues) par les cobles roussillonnaises. A cette occasion, l’effectif de la cobla est porté à sept éléments par l’ajout momentané d’une contrebasse à trois cordes.

Il ne subsiste qu’une dizaine de cobles en 1927 contre vingt quelques années auparavant.

La cobla après 1945

Après la seconde guerre mondiale, les fêtes locales, fêtes du retour, carnaval et fêtes traditionnelles sont autant d’occasions pour se réjouir de la fin de la guerre et du retour des soldats, autant de circonstances donc pour l’orchestre traditionnel catalan de jouer.

Même si les cobles sont composées majoritairement de musiciens amateurs, elles sont très populaires et, pour les plus « cotées » d’entre elles, peuvent enchaîner les dates pendant la saison. Avec 160 à 180 jours de travail, certains musiciens peuvent vivre de leur activité. Les tarifs de l’époque sont compris entre 2000 et 2500 francs pour une prestation de deux jours, 500 francs pour une audition de 6 sardanes en soirée (déplacement et hébergement en sus).

Cobla Cordomy [c016]

Il y a peu de changement de répertoire entre l’avant et l’après guerre. De l’avant-guerre, on garde la tradition de danser le jour (ainsi que la veille de la fête) avec les instruments catalans. Le soir, c’est la formation de bal qui se met en place.

Déroulement de la Festa Major, la fête patronale

La veille au soir, après avoir joué devant la demeure du maire, la cobla se rend sur la place publique en jouant des passevilles où se dérouleront ensuite les danses de bal comme paso-doble, java ou pericon, fox ou tango, valse… Le jour de la fête, la cobla joue trois ou quatre morceaux avec les instruments à cordes à l’office religieux. A la sortie de l’église, parfois après un passeville, elle reprend les instruments catalans pour jouer les quatre danses du ball d’ofici débutant par un paso-doble. Aujourd’hui, ce sont le plus souvent trois sardanes qui sont jouées. Après le repas, vient le « marathon » du llevant de taula (le lever de table) où les musiciens passent de maison en maison pour jouer le morceau demandé. Même en scindant la cobla en deux, le llevant de taula pouvait durer trois ou quatre heures. Le lendemain, il se poursuit dans la campagne. De la même manière, la cobla, juchée sur une camionnette, visite avec le comité des fêtes les métairies. L’après-midi, les musiciens se retrouvent sur la place pour la ballada où les villageois viennent danser. Aujourd’hui, lors de la ballada, six sardanes sont interprétées. Le soir, souvent précédé d’un concert, le bal de nuit clôture la journée, bal au cours duquel est joué le ball de Ramellet et le bal de Revenja. La fête se termine le troisième jour par une farandole dansée en couple.

Les compositions et arrangements, l’orchestration pour cobla des succès du moment sont alors réalisés le plus souvent bénévolement par un membre de l’orchestre catalan roussillonnais.  René Manyach, Max Havart, Charles Lafon ou Camille Gili.

La cobla à sept se compose généralement de deux ténors, deux primes, une trompette, une contrebasse à cordes (introduite en 1939) et un saxhorn. Peu à peu, ce dernier est remplacé par le fiscorn. Un second fiscorn prend parfois la place de la deuxième prima pour étoffer les basses sans augmenter l’effectif. Comme la cobla Perpignan en 1948, suivie de la cobla Cortie-Roquelaure en 1950 et la Combo Gili en 1955, elle passe de sept à neuf musiciens en introduisant une seconde trompette et un second fiscorn.

Cobla de Céret [c006]

La formation de bal quant à elle s’adapte et se modernise. Elle se compose d’un saxophone alto et d’un saxophone ténor, trompette, trombone, contrebasse et batterie. Cette évolution dans la structure s’explique par la concurrence des cobles venant de Catalogne sud avec douze ou treize exécutants et par un public plus exigeant. Par le recrutement, la formation de cobla peut ainsi étoffer son répertoire et garder sa popularité. A ces deux raisons, s’ajoute la place plus importante accordée à la sardane, réintroduite par les réfugiés espagnols lors de la Retirada.

La sardane est alors encore peu présente dans les fêtes locales. Seules les cobles de Perpignan en incluent dans leur répertoire car elles sont appelées à en jouer plusieurs fois par semaine durant l’été. Par la suite, des ballades sont organisées par les foments sur les places de Perpignan.

Les sardanes sont orchestrées pour onze musiciens (la cobla moderne d’aujourd’hui) et souffrent de la modicité de l’ensemble roussillonnais qui ne comprend que sept ou neuf exécutants.

Dans le courant des années 1950, la sardane est de plus en plus jouée. Pendant l’hiver à l’espace Palmarium à Perpignan et en été, plusieurs ballades par semaine sont organisées place de la Loge. Petit à petit, la sardane se propage et à la fin de la décennie, bien que beaucoup de villages continuent à programmer uniquement des danses et des concerts à l’occasion des fêtes locales, le programme de l’après-midi contient quelques sardanes.

C’est dans les années 1960 que cette danse s’implante dans tout le département. Au programme de fin de matinée, elle supplante peu à peu le ball de l’ofici. L’après-midi, elle concurrence les danses pour cobla, danses qui finissent par disparaître fautes de danseurs le jour sur les places publiques. Le bal en soirée est  lui davatange fréquenté mais la jeune génération est peu attirée par les danses avec cobla.

Le manque d’engouement de la population conduit les comités des fêtes à engager moins de frais et la cobla est petit à petit écartée des fêtes locales. En 1961, elles ne sont plus que six sur le département avec un effectif porté à neuf voire dix exécutants.

Leur activité devient de plus en plus saisonnière, les fêtes d’hiver disparaissant tout comme les bals dans les villages. La cobla est engagée pour jouer des sardanes et des ballets. Pour le bal du soir, elle est souvent remplacée par l’orchestre de danse ou une « disco ».


¹.

La cornemuse est remplacée par le cuivre (ophicléide ou trombone à coulisse) et Valentin Touron, facteur à Perpignan, perfectionne la tenora en lui apportant jusqu’à 6 clés. Son fils, André, poursuivra le travail et créera la tenora moderne, le hautbois ténor, en 1852 en donnant à l’instrument un corps plus long, un système sophistiqué de clés et un pavillon métallique.

Bibliographie

André Cortada, Cobles et joglars de Catalogne-nord, [col·lecció etnologia] – Perpignan : Editions Trabucaire – ISBN : 2-905828-20-X

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