Clocheton de la Capelleta (Céret, 2008) © CIMP

 

Créer un "athanor" par Joseph VIDALOU

Écrire sur les origines du CIMP revient à rendre hommage à Roger Raynal, tant la personnalité de cette « figure », bien de chez nous, pesa sur toutes les grandes décisions liées de près ou de loin au monde sardaniste durant deux décennies.

Issu du foment de la sardane de Céret, sa préoccupation première, fut, avec son compère Joseph Burch, lui-même ancien président de cette association, de coordonner les actions des quatre organismes existant alors (à Céret, Argelés, Banyuls sur Mer, Perpignan) au sein de la Fédération Sardaniste du Roussillon (FSR), pour défendre et diffuser plus efficacement notre danse nationale. De quatre au départ, le nombre d’entités adhérentes décupla rapidement pour atteindre aujourd’hui plus de quatre vingts.


Le champ d’action  paraissant trop étroit pour ses ambitions prosélytes, Roger Raynal  « inventa »  l’  IMPEM, autrement dit l’Institut de Musique Populaire  et Méditerranéenne qui fonctionna parallèlement  à la FSR. Ainsi pouvait-il plus facilement, au sein d’une structure allégée, développer des échanges culturels spécifiques avec nos voisins immédiats, notamment avec les Iles Baléares.


Dès 1987, le CIMP (Centre Internacional de Música Popular) vit le jour pour répondre à une logique plus pragmatique, découlant  de l’octroi par la municipalité d’une partie non négligeable de ce magnifique bâtiment. Cet ancien hôpital, baptisé Saint Pierre, du nom du Saint Patron de Céret, est agrémenté d’une « capelleta », dédiée, paradoxalement à Saint Roch. Cette ambiguïté, n’est due, je pense, qu’à la présence dans ces locaux  pendant des lustres, du siège de la société de secours mutuels du même nom. Le but premier de ce centre était, dans un premier temps, de collecter le plus grand nombre de partitions de sardanes et de toutes sortes de musiques pour cobla. Je rappellerai, pour mémoire, non sans fierté, que les premières partitions, composant le fonds initial de la collection, proviennent d’un don du foment de la sardane de Céret.


La collection d’instruments anciens (de cobla surtout) était une de nos préoccupations. Le souci de faire vivre ce centre, entrait prioritairement dans nos vues. Des instruments opérationnels furent également destinés aux élèves des écoles de la FSR Avec l’arrivée d’Henri  Francès, le CIMP prit de l’ampleur : expositions, stages (en coproduction avec l’ADDM 66 : l’édition du livre sur les goigs fut de l’avis général une belle réussite). Des concerts illuminèrent la Capelleta. Des groupes musicaux virent le jour comme « Els Ministrils del Rosselló » et aujourd’hui le trio CIMPpatic, qui établirent leur résidence dans ses murs.


Notre souhait, celui de l’équipe fondatrice, guidée par le souci constant de la sauvegarde de notre identité à travers notre culture, se traduisait, par la création, à notre sens, à travers le CIMP, d’un « athanor », susceptible de confronter nos connaissances, en la matière, avec celles des pays méditerranéens. Le chemin était tracé .

Avec le talent de l’équipe actuelle, je suis persuadé  qu’il deviendra non seulement une voie rapide vers le rapprochement des peuples, mais bien une vraie autoroute qui drainera vers Céret de nombreux  généalogistes en quête de leurs racines. Juin 2008

 

 

Si le CIMP avait une âme… par Henri FRANCES

 


 

Si le CIMP avait une âme, ce serait celle de Roger Raynal, infatigable défenseur de la Sardane et de la Culture Catalane, et qui a mis tout son esprit d'entreprise, tout son enthousiasme, toute son énergie et toute sa persévérance pour faire aboutir ce beau projet dont il a été l'initiateur.

Roger Raynal, a d'abord été, durant de longues années, le Président de la Federació Sardanista del Rosselló.

Cobla Bernadach (Molig, 1908) © CIMP  

 

Un an après la création de l'association,  en 1976, il remplace à sa tête Josep Burch, Président fondateur, et ne cède sa place, à Jean-François Beluch, qu'en 1995. Entre temps, la FSR est passée de 4 à plus de 40 foments et les aplecs, concerts et ballades n'ont cessé de se multiplier en Catalogne-Nord. Un signe fort de l'expansion de la Sardane sur notre territoire dans la période : après Céret en 1962, on a célébré 3 autres "Ciutats Pubilles de la Sardana" (distinctions accordées à des villes de Catalunya pour leurs actions en faveur du développement de la Sardane, et qui, pour leur célébration, donnent lieu à de nombreux évènements festifs et culturels) : Banyuls sur Mer en 1977, Prats de Molló en 1982 et Saint-Laurent de Cerdans en 1985. Et surtout, un gros travail a été réalisé au niveau de l'enseignement et en direction des jeunes, avec l'édition d'ouvrages pédagogiques, l'organisation de stages et de trobades infantils et, ce dont Roger Raynal était le plus fier, la création d'écoles de musique pour instruments catalans. Aujourd'hui, voir que des anciens élèves formés dans ces écoles de la FSR sont aujourd'hui titulaires d'un DE (Diplôme d'État) ou d'un CA (Certificat d'Aptitude) et enseignent ces instruments au Conservatoire illustre, de la plus belle manière, que tout cela n'a pas été vain. Là-haut, Roger Raynal peut s'en réjouir.

Si la Sardane est restée "au cœur" (c'est le mot juste) de ses préoccupations, depuis toujours il l'intégrait plus largement dans la Culture Catalane, et au-delà, dans la riche mosaïque des cultures méditerranéennes.

Ainsi, le 19 mars 1983 à Barcelone, au nom de la Federació Sardanista del Rosselló, il signait avec Josep Mainar, représentant l'Institució Obra del Ballet Popular (Catalogne-Sud) une convention culturelle portant sur la constitution d'un "fonds documentaire sur les musiques de l'Europe Méditerranéenne". Dans cet acte il est stipulé que les actions de collectage, recherche, conservation, archivage et diffusion de ce fonds seront réalisées au sein d'un nouvel organisme, la Institució Musical Popular d'Europa Mediterrània (IMPEM), dont le premier Président, sera Roger Raynal.

Mais Roger Raynal estime qu'avec cette formule la concrétisation des projets ne va pas assez vite. Pour se donner l'autonomie nécessaire et tous les moyens d'agir à sa propre allure (c'est-à-dire "à fond"), le 19 décembre de la même année, il transforme cette IMPEM informelle en association Loi 1901.

Président des deux entités, il mène de front, et complémentairement, les activités de formation, diffusion et animation avec la FSR et celles de collectage, conservation, archivage et recherche avec l'IMPEM, élargissant en même temps son champ géoculturel d'intervention à l'ensemble de l'Europe Méditerranéenne. Les deux organismes travailleront en harmonie et dans une fructueuse complémentarité, avec quelques belles réalisations communes, comme par exemple, en 1986, toute une année d'hommage à André Toron (1815-1886), le “Père de la Tenora” : édition d'un ouvrage bilingue “Andreu Toron i la tenora", expositions d'instruments et de documents iconographiques, concerts, conférences, création de l'œuvre de Richard Breton, Botella al mar (pour instruments catalans et cordes)…

Ainsi, si les premières opérations de collectage ont concerné les partitions de sardanes, à partir notamment d'un travail déjà réalisé par le Foment de la Sardana de Céret (présidé par son ami Joseph Vidalou), très vite, le champ d'investigations se déplace aux Iles Baléares (collectes d'instruments, partitions et documents sonores, reportages vidéo sur des musiciens traditionnels ou des facteurs d'instruments…), ce qui donnera lieu à de nombreux échanges et notamment la Mostra de Cultura Balear accueillie en 1985 au Château Royal de Collioure et la Mostra de Cultura Rossellonesa présentée l'année suivante à Palma de Mallorca, puis au… CIMP de Céret.

Car entre temps, l'entreprenant Roger Raynal, soucieux de trouver un lieu où puissent s'épanouir et rayonner les activités de l'IMPEM, a entamé des discussions avec le Député-Maire de Céret, à cette époque, M. Henri Sicre, qui de son côté, est à la recherche d'un projet pour la réhabilitation d'un important ensemble architectural de la Ville (l'ancien Hôpital St Pierre et sa chapelle déconsacrée : la Capelleta) un temps voué à la démolition pure et simple. Les discussions s'avèrent fructueuses : le 28 septembre 1983, la Ville de Céret et l'IMPEM cosignent, dans le cadre du 1er Plan Régional Languedoc-Roussillon, un projet d'installation dans cet édifice, à restaurer et aménager, d'un "centre de rencontres consacré aux musiques et danses traditionnelles et populaires".

La reconnaissance "officielle" du projet, et les aides institutionnelles qui en résultent, entraînent un développement des actions de collecte, qu'il s'agisse de documents sonores, écrits (livres et partitions) ou surtout d'instruments. Des instruments catalans avec de fort belles pièces du plus grand intérêt : tarotes, gralles, flabiols et cornemuses des XVIIIème et XIXème siècles, plusieurs instruments d'André Toron et des meilleurs facteurs catalans qui lui ont succédé, comme Soldevila-Catroï, Llantà, Reig, Schmid, Pardo…

Mais aussi des instruments populaires d'autres aires culturelles du monde méditerranéen (Iles Baléares, Sardaigne, Maroc, Turquie…) et des instruments historiques de la musique occidentale "classique" : cornet à bouquin, serpent d'église, serpent militaire, ophicléïde, buccin à pavillon zoomorphe, cor naturel à tons de rechange, fagot, hautbois Triebert, clarinettes en buis à 5 clés, sarrusophone…

Cela pour pouvoir aborder l'histoire des instruments catalans (ce qui demeure un point central du projet),   à la fois d'une manière synchronique (La tenora renvoie à la tarota, la gralla ou la xeremia qui l'ont précédée dans la cobla) et d'une manière diachronique (elle renvoie alors aux classiques hautbois ou cors anglais, comme à ses "cousins" méditerranéens, la dulçaina de Valencia, le Piffero de Sardaigne, le Zurna turc ou la Raïta marocaine, par leurs caractéristiques organologiques partagées).

Jusque là, l'IMPEM gérait et animait le lieu réhabilité et en partie aménagé, propriété de la Ville. Ce n'est que le 1er juin 1987 que sera créée l'association Centre Internacional de Música Popular, le CIMP, composée de représentants de la Ville et de l'Association présidée par Roger Raynal.

En 1991, le CIMP se donne un nouveau Président en la personne de Claude-Henry Joubert, alors Directeur de l'Institut de Pédagogie Musicale et Chorégraphique (La Villette, Paris) ; Henri Francès, jusque là Chargé de Mission, en devient Directeur (tout en gardant son poste à la FSR). Paul Macé lui succèdera en juillet 2003.

Le 12 novembre 1996, avec le décès de Roger Raynal, à 55 ans, la Culture Catalane perd l'un de ses plus ardents défenseurs (sa femme Françoise décède quelques mois après, le 21 avril 1997). Son œuvre lui survivra. H.F. Juin 2008.

 

Nos remerciements pour leur contribution à :

Joseph VIDALOU

Président du Foment de la sardane de Céret , membre fondateur du CIMP, vice-président du CIMP

 et

 Henri FRANCES

Ethnomusicologue, premier Directeur du CIMP, chargé de mission Mairie de Collioure.

 

 
Le CIMP - MúSIC est une structure associative loi 1901, sous convention d'objectifs État / Région / Département / Commune de Céret.

Composition du bureau :